Situation au Proche-Orient – Reprise des violences, 27 juillet 2014

Les attaques ont repris ce matin à Gaza et en Israël.
En appui des multiples appels internationaux en ce sens, la France demande la reprise immédiate de la trêve humanitaire, un réel cessez-le-feu et l’ouverture de négociations.
Quelles que soient les raisons invoquées, rien ne saurait justifier la poursuite des affrontements sanglants et leur insupportable cortège de destructions et de morts.

Dérèglements climatiques - Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, 6 juillet 2014

(Seul le prononcé fait foi)

« L’investissement, accélérateur de l’histoire du monde »

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Parler d’«accélérateur» de l’histoire pour qualifier l’investissement laisse entendre que l’histoire du monde serait une voie toute tracée, sur laquelle nous pourrions avancer plus ou moins vite en fonction de décisions ou de non-décisions. Mon sentiment est un peu différent. Je pense qu’il existe des moments de véritable bifurcation, de rupture, où nos décisions ou nos non-décisions, notamment celles en matière d’investissement, peuvent changer non seulement la vitesse mais la trajectoire de l’histoire.

Nous sommes à un tel moment à cause du dérèglement climatique. Depuis le début de la révolution industrielle, les énergies fossiles ont été le principal moteur de la croissance. Ce modèle arrive à épuisement : bientôt il détruira plus de richesses qu’il n’en crée. Nous pouvons - et devons - par l’investissement aider à construire un autre modèle, durable.

On sait désormais que les températures évolueront en fin de siècle entre +2°C par rapport au niveau préindustriel et du fait des gaz à effet de serre liés à l’activité humaine +5 ou 6°C. Au-delà de +2°C, ce serait un chaos climatique. Le visage que prendra la planète dépend donc largement de nous.

C’est l’enjeu de la conférence de Paris Climat 2015 que la France présidera. L’accord que nous recherchons ensemble à cette occasion et qui reste à construire pourrait reposer schématiquement sur deux piliers : d’une part un accord légal, interétatique, différencié selon les pays, d’autre part, un bloc d’engagements et d’initiatives concrètes des acteurs non-étatiques - entreprises, investisseurs, collectivités territoriales, institutions internationales -, ce que j’appelle l’agenda des solutions.

L’accord légal que la COP 20 en décembre 2014 au Pérou devrait préparer et la COP 21 en décembre 2015 à Paris adopter pourrait poser l’objectif d’une hausse maximum des températures de 2°C. Cela implique des trajectoires de réduction des émissions de CO2. Pour la première étape, jusqu’à 2030, chaque pays prendrait, de manière différenciée, des engagements. Cet accord devrait s’appuyer sur un paquet financier et sur l’agenda des solutions. La clef de tout cela, c’est une réorientation massive des investissements vers l’économie verte.

Tel est le message opératoire que je souhaite passer aujourd’hui, à vous qui êtes, dans vos domaines, des «responsables», c’est-à-dire des personnes chargées d’apporter des «réponses».

* *

Le climato-scepticisme a reculé mais le climato-fatalisme existe. Beaucoup pensent qu’il est déjà trop tard pour contrer le dérèglement climatique. Ou bien que ce sera nécessairement de la croissance en moins. En réalité, investir pour limiter le dérèglement climatique, c’est de la croissance en plus, pour au moins trois raisons :

1. D’abord, la mutation des économies avancées vers une économie verte représente un réservoir de croissance considérable. La Commission européenne estime que l’économie verte pourrait générer 20 millions d’emplois d’ici à 2020 en Europe.

2. Ensuite, l’innovation verte représente la nouvelle frontière technologique capable de contrer le possible ralentissement du progrès technique. Nous sommes au bord de ruptures de la même ampleur que l’arrivée du pétrole ou d’internet, à condition d’investir utilement.

3. Enfin, compte tenu des contraintes (pollution insupportable - c’est déjà le cas en Chine -, empreinte écologique insoutenable, épuisement des ressources), la croissance à venir, notamment celle des pays émergents et en développement, devra être décarbonée. 3 milliards de personnes entreront dans la classe moyenne au cours des 20 prochaines années. Comment les équiper, leur fournir l’énergie, l’alimentation et l’habitat ? Cela ne pourra pas se faire à modèle constant. On voit déjà les dégâts du modèle actuel (inondations en Angleterre, tornades aux Philippines, sécheresse aux États-Unis ou en Australie…). Selon la Commission européenne, à trajectoire constante, le dérèglement climatique coûtera 1,8 point de PIB annuel en 2080. Ce chiffre serait de plus de 5 points en Asie, région la plus exposée. Limiter le dérèglement climatique, c’est donc préserver notre croissance de demain.

Passer à une économie sobre en carbone, nous savons que c’est l’avenir. La question posée est celle-ci : le mouvement sera-t-il assez rapide pour rendre possible une trajectoire climatique acceptable ? Pour cela, il faut investir massivement. C’est le sens de mon appel.

* *

J’appelle à réorienter l’investissement en direction de l’économie verte. À nous tous, je dis : c’est dans notre intérêt, ne ratons pas ce tournant, ne nous laissons pas distancer. Ceux qui investissent dès maintenant auront une longueur d’avance dans la nouvelle économie qui se construit : ils bénéficieront du colossal réservoir de croissance que représente le nouveau modèle bas-carbone. Les autres déclineront.

Le grand défi de l’investissement, c’est la réorientation des 1200 milliards d’euros d’investissements au niveau mondial dans l’énergie qui sont encore orientés aujourd’hui à 80 % vers les énergies fossiles contre 20 % pour les renouvelables. Nous avons quelques années pour modifier puis inverser cette proportion.

Cela passe par des investissements massifs dans l’innovation. Nous aurons besoin à la fois d’énergie zéro carbone, d’une agriculture écologique, de moyens de transports sans émissions, etc., avec deux horizons :

- Le développement des technologies de rupture (stockage de l’énergie, nouvelles générations renouvelables…). Les montants nécessaires sont peu importants (moins de 0,1% du PIB) et le marché s’y oriente déjà, comme le montre le foisonnement des start-ups dans les «greentech». On peut faire mieux en multipliant les incitations, en stabilisant le cadre et en éliminant les blocages.

- L’autre horizon c’est un changement d’échelle pour les technologies matures (voitures électriques et bas-carbone, solaire et éolien, efficacité énergétique des bâtiments…). Là, les besoins se comptent en centaines de milliards d’euros à réorienter.

Tout cela est faisable - et les entreprises française y sont compétentes -, à condition d’agir vite. Le long terme se prépare maintenant.

1) J’appelle donc les investisseurs privés et institutionnels (Fonds souverains, fonds de pension, sociétés financières, etc.) à investir là où se trouve leur intérêt réel. C’est d’eux que viendra l’essentiel des moyens nécessaires. L’économie verte représente moins de 1% des portefeuilles traditionnels. Un objectif volontariste serait de porter cette part autant que possible à 10% d’ici 2020.

Sachant que la performance des portefeuilles «verts» est au moins aussi bonne que les autres. Cela explique l’appétence des marchés pour les «obligations vertes » qui sont généralement sur-souscrites. Le Fonds souverain de Norvège (d’où je reviens) a récemment décidé de doubler ses placements dans les énergies renouvelables (de 3,8 à 7,8 Mds d’euros). Ces initiatives doivent s’étendre.

2) J’appelle les pouvoirs publics à mettre en place un cadre clair et stable dans le temps indispensable pour sécuriser et améliorer la rentabilité d’investissements qui impliquent le long terme. L’empreinte carbone des entreprises doit être évaluée, publiée et devenir un critère d’appréciation notamment par les agences de notation. De plus en plus d’appels se font pour fixer un prix correct du carbone dans l’ensemble des grandes économies de la planète afin de développer les solutions favorables au climat ; et pour stopper les subventions aux énergies fossiles qui introduisent des distorsions dans le marché. L’enjeu climatique rejoint, notamment en Europe, l’intérêt immédiat de réduction de la dépendance aux importations d’hydrocarbures.

3) J’appelle les financeurs publics à se situer aux avant-postes de cette mutation. Les banques de développement et banques publiques d’investissement pourraient se fixer comme objectifs 50 % de leurs nouveaux investissements dans l’économie verte ou bas-carbone en 2030. Pour les banques multilatérales et régionales (Banque Mondiale, BEI, BERD, BAD, BASD, BID…), l’objectif peut être plus ambitieux encore. Nous attendons de ces institutions qu’elles fassent preuve de créativité en faveur de dispositifs innovants. Je pense notamment à la mobilisation du FMI, par exemple avec la création de DTS verts.

4) J’appelle enfin les pays développés à montrer concrètement leur solidarité avec les pays les plus touchés. Le test, c’est une capitalisation ambitieuse du Fonds Vert pour le Climat d’ici la COP20 de Lima en décembre prochain : 10 milliards de dollars. La France a déjà décidé d’y consacrer une partie du financement de la taxe sur les transactions financières, et elle sera au rendez-vous. À nous tous de prendre nos responsabilités.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

En chinois contemporain comme en grec ancien, c’est le même mot qui désigne le risque et la chance. Par l’investissement, nous pouvons écarter le risque et saisir la chance. Alors faisons-le./.