"Je nous invite à accomplir ensemble un pas positif en faveur de ce changement de modèle"

Publié le 6 décembre 2012 à 15:01

Si la Terre pouvait parler, son message aujourd’hui serait simple : Mayday, Mayday, Mayday.

Il est décisif, au moment où se réunit cette conférence de Doha, d’avoir à l’esprit trois questions fondamentales et les réponses urgentes qu’elles appellent.

 Lors du discours prononcé à la conférence climat à Doha

Première question : Les changements climatiques représentent-ils une menace ?La réponse est « oui » : une menace immense. LEGIEC ne cesse d’alerter sur l’aggravation de la situation. Les événements climatiques extrêmes se multiplient, les dégâts sont de plus en plus dévastateurs, les victimes de plus en plus nombreuses. Ce qui est en jeu, ce n’est pas simplement la préservation de notre environnement, c’est l’existence même d’une planète habitable.

Deuxième question : y pouvons-nous quelque chose ? La réponse est « oui ». Tout retard à agir rend plus difficile la stabilisation. Avec plusieurs degrés en plus, personne ne sera à l’abri des effets des bouleversements climatiques. Notre monde sera plus dangereux, plus violent ; les difficultés alimentaires s’aggraveront ; le nombre des réfugiés climatiques explosera. Les efforts en faveur du développement seront annulés dans de larges secteurs de la planète. Les conséquences économiques, sociales et financières seront massives.

Troisième question : avons-nous pris la pleine mesure du danger et des décisions à prendre ? La réponse est  « non » : tous les ans, un nouveau record mondial d’émissions de gaz à effet de serre est battu. Le « monde à plus 4 degrés » que décrit le dernier rapport de la Banque mondiale, avec ses conséquences dramatiques, est malheureusement une possibilité qui se profile devant nous.

Nous nous nommons volontiers des homo sapiens. Alors essayons de faire preuve de la sagesse nécessaire pour traiter des causes et des conséquences des dérèglements dont nous sommes à l’origine.

Certes, en vingt ans, des progrès ont été accomplis. Le protocole de Kyoto a fixé un cadre et des objectifs de réduction des émissions, il demeure jusqu’ici le seul instrument juridique contraignant entre nos mains. Le plan d’action de Bali a tracé une perspective pour la mise en place d’instruments de lutte contre les causes et les effets du changement climatique. Les conférences de Copenhague, de Cancun et de Durban ont peu à peu établi ces instruments. Le Fonds Vert pour le climat, le réseau des technologies du climat, le comité d’adaptation, deviennent des réalités.

Mais un changement de rythme est devenu indispensable. La France est mobilisée. Sur le plan national, nous sommes engagés en faveur de la transition écologique et énergétique. L’Europe est également mobilisée. Sur le plan international, la présence de notre délégation montre notre volonté, aux côtés de nos hôtes Qataris, de tout faire pour que cette conférence de Doha permette des progrès. Nous sommes impliqués dans la préparation de la deuxième période d’engagement du Protocole de Kyoto. Nous tenons nos engagements de solidarité avec les pays vulnérables. La France a consacré, dans le cadre du seul « Fast Start », plus de 1,2 milliard d’euros à la lutte contre le changement climatique. Ce chiffre ne constitue qu’une petite partie des financements-climat. Les financements bilatéraux de l’Agence Française de Développement ont désormais comme priorité les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Cinquante pour cent des actions de l’Agence doivent contribuer à la lutte contre le changement climatique, soit 2 milliards d’euros par an. La France a aussi décidé d’affecter une partie de la taxe sur les transactions financières à la lutte contre le changement climatique. J’annonce officiellement aujourd’hui que la France est disponible pour accueillir en 2015 la Conférence sur le climat.

Nous ne réussirons évidemment pas seuls. En 2020, un nouvel accord doit entrer en vigueur, ce qui place tous les Etats parties à la Convention devant leurs responsabilités. Chacun devra faire des efforts à la fois par solidarité et dans son propre intérêt. L’opposition qui a pu être ressentie entre le développement et la lutte contre le changement climatique doit être dépassée. Les pays du Sud, les pays en développement et ceux en forte croissance, sont confrontés à des problèmes environnementaux, à la rareté des ressources et aux conséquences des changements climatiques. Les pays du Nord, confrontés à la crise et à la mutation économiques, doivent comprendre que la réponse aux exigences environnementales et climatiques n’est pas un fardeau supplémentaire, mais le moyen d’inventer le développement de demain, une croissance verte fondée sur l’innovation, la haute valeur ajoutée et la durabilité. Bref, la transition écologique et énergétique est un levier majeur pour le développement.

 

Si on y réfléchit bien et à long terme, nos intérêts à tous sont convergents. Nous devons inventer ensemble le modèle qui nous permettra de converger vers un haut niveau de prospérité sans mettre en péril la planète. Cette transition, c’est une chance pour nous tous. Nous devons en saisir toutes les possibilités en termes d’emploi et de développement, en agissant de manière collective et coopérative pour trouver les bons compromis.

 

Mesdames et Messieurs,

Ici, à Doha, je nous invite à accomplir ensemble un pas positif en faveur de ce changement de modèle. L’enjeu du climat n’est pas un enjeu parmi d’autres : c’est notre vie qui est en jeu.