Presse

Interview dans Le Parisien Magazine, 20 juin 2014


20 juin 2014

Laurent Fabius
« L’avenir de l’humanité se joue maintenant »

Propos recueillis par Anne Tézenas du Montcel
Photo Christophe Meireis / Audoin Desforges

Le ministre des Affaires étrangères, qui présidera Paris Climat 2015, parcourt le monde pour convaincre 195 pays de l’urgence d’un texte d’accord.

Laurent Fabius a été mandaté par François Hollande en tant que ministre des Affaires étrangères et, aujourd’hui, du Développement international, pour assurer la présidence française de la conférence Paris Climat 2015.

Ce rôle l’oblige à ne plus agir sur le climat comme seul représentant de la France mais de l’Union européenne. Il aura, à ce titre, la mission de faire émerger un consensus parmi 195 négociateurs autour d’un texte d’accord.

Le 26 mai dernier, la pollution a atteint un niveau historique dans l’hémisphère Nord. Ce record va-t-il accélérer la signature d’un accord international sur le climat en 2015 ?

Je le répète partout où je vais, à Washington comme à Pékin, à New Delhi comme à Niamey : nous n’avons que 500 jours pour éviter une catastrophe climatique. L’avenir de l’humanité se joue là, sur notre capacité à limiter à moins de 2 °C le réchauffement de l’atmosphère d’ici à 2100, seuil au-delà duquel, sous l’effet des gaz à effet de serre, nous entrerions dans l’inconnu et le chaos. En accueillant et en présidant la conférence Paris Climat 2015, la France prend ses responsabilités face à l’Histoire.

Obtenir un accord unanime de 195 pays, n’est-ce pas en soi une mission impossible ?

Ce sera très difficile. L’ancien vice-président américain Al Gore m’a dit : « C’est le job le plus difficile du monde. » Mais nous usons de diplomatie pour réussir. Chaque occasion est utile : le président chinois vient en visite officielle en France ? Nous proposons un volet « climat » dans son programme. L’Australie organise le G20 au second semestre 2014 ? Nous lui demandons d’insérer le climat à l’agenda. L’Union européenne tarde à décider ? Nous montons au créneau. La France est mobilisée pour réussir Paris Climat 2015.

Est-ce un atout d’être ministre des Affaires étrangères et du Développement international ?

J’effectue en moyenne un tour de la Terre chaque mois pour notre politique étrangère. Mes contacts avec les responsables des Etats du monde entier peuvent être décisifs pour faciliter la négociation. Si on veut en effet que les pays développés et les pays émergents trouvent un terrain d’entente, la confiance est essentielle – et le contact personnel aussi.

La Chine et les Etats-Unis, les deux plus grands émetteurs de CO2, ont jusque-là fait cavaliers seuls. Comment comptez-vous les faire changer d’attitude ?

Ils ont un rôle décisif pour que les choses bougent. Aux Etats-Unis, le président Obama est convaincu qu’il faut agir. Je pense qu’il souhaite laisser aux Américains un accord sur le climat avant la fin de son second mandat, et il vient d’ailleurs de prendre des décisions afin de lutter contre les centrales à charbon. La Chine connaît, elle, une pollution considérable. Je me trouvais à Pékin lorsque, cet hiver, la ville a été recouverte d’un épais brouillard orange. Le niveau de pollution dépassait de plus de dix fois les normes autorisées ! Les dirigeants chinois savent qu’ils doivent agir, ils le veulent, et je suis convaincu qu’ils le feront.

Où se déroulera la conférence ?

Au parc des expositions du Bourget. C’est le seul site suffisamment vaste pour accueillir cette sorte de ville éphémère – écologique –, où des milliers de personnes de toutes les nationalités travailleront jour et nuit. C’est une aventure unique à laquelle seront conviés en décembre 2015, entre autres, des centaines de jeunes volontaires de Seine-Saint-Denis.

Et vous, comment vous préparez-vous personnellement ?

Je prends un solide petit déjeuner tous les matins… (Rires). Plus sérieusement, je travaille beaucoup, en équipe, sur les enjeux et les propositions. C’est une tâche collective, avec notamment la présidence péruvienne de la conférence qui se tiendra à Lima en décembre 2014, le Secrétariat général des Nations unies et tous les pays, grands et petits, riches et pauvres. Avec aussi les ONG, les collectivités locales et les entreprises. Et naturellement avec les équipes du Quai d’Orsay et des autres ministères, qui, dans l’ombre, se dépensent sans compter. Nous devons être positifs et savoir convaincre. Nous n’avons pas le choix.