Presse

Tribune parue dans “Le Figaro” et dans le “Frankfurter Allgemeine Zeitung”, 15 octobre 2014

Soyons unis face aux crises !

Pour la première fois, un ministre des Affaires étrangères français participe cette semaine au Conseil des ministres allemand – comme, il y a cinq mois, le ministre des Affaires étrangères allemand au Conseil des ministres français.

Certains jugeront peut-être qu’il ne s’agit que d’une scène supplémentaire d’une amitié franco-allemande fatiguée. Ils auraient tort et méconnaîtraient deux réalités : la profondeur des relations entre nos deux pays et la gravité des crises auxquelles nous devons faire face ensemble.

Bien sûr, des différences existent entre nous. Nos cycles politiques et économiques ne sont pas identiques. Nos sociétés réagissent à leur histoire propre, à leurs mythes, à leurs illusions parfois. Ces différences peuvent tenir à des malentendus : il nous revient de les lever. Elles peuvent aussi résulter de motifs de fond : c’est alors que le dialogue et la concertation doivent permettre de parvenir à la bonne solution. L’amitié entre nos deux pays est solide et dépasse, heureusement, les vicissitudes de court terme.

Car nous avons à faire face, Allemagne et France, au même monde de tous les dangers : crise géopolitique aux portes de l’Europe, en Ukraine ; crises en Syrie, en Irak, en Libye, avec l’apparition de nouvelles puissances terroristes ; crise sanitaire avec l’épidémie du virus Ebola ; crise climatique face à la croissance incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre qui menace notre planète.

Face à ces défis inédits par leur ampleur et leur simultanéité, nous devons agir et nous agissons main dans la main avec mon homologue et ami allemand Frank-Walter Steinmeier afin d’y répondre et de contribuer à construire notre avenir commun.

En Afrique, notre contribution commune face aux menaces terroristes qui mettent les Etats en péril est indispensable. Au Mali, nous avons mobilisé la brigade franco-allemande au sein de la mission européenne chargée de la formation des forces armées. Nous connaissons le cadre institutionnel dans lequel les Allemands prennent ces décisions : nous n’en apprécions que davantage cet engagement. En Ukraine, nous travaillons ensemble à la recherche d’une solution politique. Pour l’atteindre, nous sommes disposés à apporter, unis, une contribution à la surveillance du cessez-le-feu. En Irak et en Syrie, notre réponse aux terroristes de Daech est concertée sur les plans politique et logistique.

De même, pour lutter contre le fléau d’Ebola, nous avons d’emblée coordonné nos actions, déployé du personnel médical dans des zones difficiles et mobilisé nos contributions. Afin d’acheminer le personnel et l’aide nécessaires aux pays touchés par l’épidémie, nos deux pays ont mis en place un pont aérien. Dans les prochains jours, nous devrons nous tenir prêts à mobiliser encore davantage nos capacités et celles de nos partenaires pour répondre à l’extension de l’épidémie.

Au-delà de la réponse à ces crises, nous travaillons ensemble à une réponse internationale face au défi climatique qui menace la planète. La France et l’Allemagne démontrent qu’avec des caractéristiques différentes l’unité est possible pour atteindre des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’ici à la COP 21 que la France accueillera en décembre 2015 et dans le contexte de la présidence allemande du G7, nos deux pays agiront de concert pour convaincre et faire avancer ce dossier majeur.

La leçon de ces démarches conjointes est simple : la France et l’Allemagne portent une responsabilité particulière en Europe, héritée de l’Histoire et de leur propre poids ; dans des circonstances nouvelles, nos deux pays doivent sans cesse réinventer un tandem efficace. Chacun sait qu’une Europe dans laquelle le couple franco-allemand ne serait plus moteur perdrait sa dynamique. En particulier par rapport à l’obsédante question du chômage, nous avons besoin de propositions communes pour stimuler l’investissement et la croissance. Si l’on veut faire réussir l’intégration européenne, si l’on souhaite que l’Europe pèse dans la résolution des crises, si l’on désire additionner les beaux principes de 1789 et de 1989, le partenariat franco-allemand est vital. C’est donc en conjuguant nos forces, en étant côte à côte pour les grands choix, que nous permettrons à notre continent d’être un des acteurs majeurs de demain. Cette communauté d’action entre la France et l’Allemagne est plus nécessaire que jamais au grand dessein européen, en relation étroite avec nos autres partenaires européens, à l’image du partenariat noué avec la Pologne dans le cadre du « triangle de Weimar », que j’accueillerai le 24 octobre à Paris.

Un mot plus personnel enfin. Lors de mon dernier passage à Berlin, j’ai pris quelques instants pour contempler la ville depuis les fenêtres de l’ambassade de France : face à moi, la porte de Brandebourg, symbole de l’Allemagne d’aujourd’hui. Dans cette symbolique des lieux mêlant nos deux pays, j’ai vu et je vois l’incarnation de l’amitié qui nous unit. Belle image de ce que sont nos liens : un atout puissant dans la période incertaine que nous traversons. Veillons à maintenir ces liens forts face au monde multi-crises qui nous entoure.